La première fois. Temps de lecture : 3 min. 34
Il n'y a rien de plus émouvant qu'un restaurant qui voit le jour, rien de plus délicat qu'un chef qui prend son envol. La semaine dernière, près des Halles à Paris, une petite rue pittoresque, avec ses lampadaires à la Doisneau, a accueilli les premiers clients. Cela a commencé avec un commis qui fume sa cigarette à l'extérieur, des voisins curieux qui s'enquiert de la carte. L'aventure est lancée. Les premiers gestes en cuisine, le four qui se met à vibrer. La carte, concise mais créative, propose trois tarifs : 30 euros à midi, 45 euros pour le menu découverte et 65 euros pour la dégustation. J'opte pour le second.
Dans la cuisine, Adeline Grattard s'affaire avec talent. Son parcours impressionnant inclut des établissements prestigieux tels que Les Olivades à Paris, Faugeron, Le Scribe sous la direction d'Alleno et L'Astrance. Après deux années à Hong Kong, elle revient avec des techniques de cuisson affinées, une approche minimaliste et une manière délicate de présenter les plats. Dès l'arrivée, un thé apaisant est servi, pour préparer et réchauffer le palais, avec l'intention de ne jamais brusquer les convives.
Le repas débute avec des raviolis aux crevettes du Mozambique, suivi d'un foie gras poêlé accompagné d'asperges et de cubes de tofu, puis des magrets de canard de Challans avec aubergines sautées au poivre de Sichuan. Le tout se termine par un gâteau à l'huile d'olive accompagné d'une crème de lait et de poires émincées. Chaque plat, servi avec soin, témoigne d'une bienveillance culinaire qui laisse une empreinte. Les petites tasses de thé ponctuent cette expérience, offrant une note claire et apaisante, comme une voix douce dans un nouveau paysage gustatif.
C'est Chiwah, le mari d'Adeline, qui explique ces synergies entre le thé et les plats, incarnant parfaitement le nom du restaurant, Yam Tcha (boire du thé en mangeant). Lors de l'ouverture, tout le monde est un peu maladroit, même les clients. On se sent légèrement de trop, espérant que tout se passe bien. Mais rapidement, l'expérience prend forme, et les invités commencent à s'intégrer à ce moment privilégié. En quittant cette douce aventure, on ressent une camaraderie avec ce nouvel établissement. Dans le tumulte économique, cet endroit, bien que frêle, mérite d'être soutenu. Plus tard, lorsqu'on passera devant Yam Tcha, on se remémorera cette ruelle étoffée, le commis à sa cigarette, et les visages des voisins.
Yam Tcha, 4, rue Sauval, 75001 Paris (01 40 26 08 07). Fermé lundi et mardi.







