Ballonnements, douleurs intestinales… Et si c'était le syndrome de l'intestin irritable ? La recherche met en avant le régime pauvre en Fodmaps, des sucres complexes difficiles à digérer. Focus sur ses avantages.
Nombreux sont ceux qui souffrent de maux de ventre et de ballonnements, nécessitant parfois un dénouement de ceinture. Pour certains, ces symptômes deviennent chroniques, accompagnés de désagréments tels que douleurs abdominales et troubles du transit, alternant entre diarrhée et constipation. Ce tableau est caractéristique du syndrome de l’intestin irritable, qui toucherait de 5 à 10 % de la population.
L'alimentation joue un rôle crucial dans cette problématique, offrant une possibilité d'apaisement des symptômes. Le régime Fodmaps a ainsi démontré son efficacité avec un taux d’adhésion de 90%, selon le professeur Pierre Desreumaux, gastro-entérologue au CHU de Lille et président de la Fondation DigestScience. Mais de quoi s’agit-il concrètement ? Quels effets sur l'assiette et la santé ?
Anti-douleurs digestives
Ce fameux acronyme signifie Fermentable Oligosaccharides, Disaccharides, Monosaccharides et Polyols, désignant quatre familles de sucres qui fermentent dans notre intestin. Très présents dans notre alimentation, ils sont mal absorbés par l'intestin grêle, leur dégradation par les bactéries du côlon entraînant des gaz et des douleurs digestives.
En 2005, des chercheurs de l'université de Monash en Australie ont identifié ces troubles digestifs touchant principalement les personnes atteintes du syndrome de l'intestin irritable, liées à une perméabilité intestinale accrue et à un déséquilibre de la flore intestinale, selon le Dr Desreumaux.
"Ce n'est pas un régime au sens strict, mais une méthode pour soulager les douleurs digestives", explique Oriane Macke Chaouat, diététicienne nutritionniste.
L'équipe australienne a évalué le taux de Fodmaps dans divers aliments comme les fruits, légumes, pains et produits laitiers. Grâce à ces données, ils ont établi un régime pauvre en Fodmaps. "Éviter ces aliments entraîne une amélioration des symptômes dans 60 à 80 % des cas", confirme le professeur Desreumaux.
Les aliments à éviter
La liste des aliments riches en Fodmaps est exhaustive. Les oligosaccharides se trouvent dans des légumes tels que les poireaux et les oignons, des fruits comme les bananes et abricots, ainsi que dans le blé et certaines légumineuses. Les disaccharides, quant à eux, proviennent principalement des produits laitiers. Les monosaccharides se cachent dans certaines pommes et asperges, alors que les polyols se trouvent dans des fruits comme la cerise et des légumes tels que l'avocat.
"Une réduction significative de ces aliments peut mener à une nette amélioration des symptômes dans 60 à 80 % des cas", précise le Dr Desreumaux.
Mode d’emploi du régime
Pour une mise en place du régime Fodmaps, il est impératif d'agir sous contrôle médical. "Avant de consulter un diététicien, il est conseillé de passer par un gastro-entérologue pour évaluer toute autre condition digestive", souligne Oriane Macke Chaouat.
Ce régime s’articule en trois phases. La première consiste à exclure tous les aliments riches en Fodmaps pendant 2 à 6 semaines pour évaluer l’amélioration des symptômes. "Il ne s’agit pas de se contenter de plats restrictifs, mais de garder variété et plaisir", insiste la diététicienne. Certaines quantités limitées de Fodmaps, riche en probiotiques par exemple, sont permises.
La deuxième phase consiste à réintroduire progressivement les Fodmaps, une famille à la fois, pour observer leurs impacts. La troisième phase invite à une réintroduction intégrale des aliments en tenant compte des sensibilités individuelles.
Exemple d’un menu pauvre en Fodmaps
Petit-déjeuner : omelette avec fromage feta, kiwi et pain au levain beurré ou pancakes au sarrasin avec sirop d'érable et myrtilles.
Déjeuner / Dîner : poisson ou viande avec riz, carottes râpées ou pad thaï de nouilles de riz. Pour les plus pressés, galette de sarrasin avec jambon et fromage.
Goûter : granolas, yaourts sans lactose ou sandwich au pain au levain.
Les contre-indications
Les personnes sans troubles digestifs ne devraient pas suivre ce régime, préviennent les spécialistes. Ceux avec des troubles du comportement alimentaire ou carences nutritionnelles doivent consulter un professionnel en amont.
Inutile de poursuivre le régime si les symptômes persistent. Une amélioration doit être constatée sous 8 à 10 jours, selon le Dr Pierre Nys, endocrinologue. Une légère entorse au régime ne ruinera pas tous les efforts, assure le professeur Desreumaux.
Enfin, un mode de vie sain et une activité physique régulière sont précieux pour diminuer les désagréments digestifs, tout comme des pratiques relaxantes comme la méditation qui peuvent abaisser le stress et la douleur.
(1) Pierre Desreumaux et Oriane Macke Chaouat ont coécrit Le festin de l'intestin, éditions DigestSanté.
(2) Pierre Nys est l’auteur de Le Régime Fodmaps en 50 clés, à paraître le 31 octobre, éditions Leduc.







